Là bas au Connemara…

Visite de l'ouest irlandais

Situé à la même latitude que Dublin sur la côte atlantique, le Connemara et le Burren sont des comtés (aujourd’hui on dirait territoires), qui valent à eux seuls le voyage en Irlande. Une heure et demi suffit de Paris pour rejoindre Dublin d’où nous sommes partis directement pour le far west…

L’arrivée

Une automobile est indispensable pour aller d’un point à un autre, même si rouler du mauvais côté de la route à gauche est une expérience… déroutante.

Si vous arrivez à l’aéroport de Dublin, le premier contact avec la conduite est un peu ardu. La location d’une voiture avec boite automatique peut grandement faciliter l’expérience. Attention l’autoroute M50, sorte de périphérique de Dublin est payante. Vous avez 48h pour vous acquitter de l’octroi en téléchargeant  l’application M50, au-delà vous serez poursuivi ! les loueurs n’en font pas état. En revanche, ils font bien suivre le PV.

Les 200 kilomètres de traversée du pays par l’autoroute permettent de se familiariser avec l’environnement. Ainsi, on arrive à Galway, premier point conseillé pour rayonner dans la région, avec un stress un tout petit peu moins important. D’une manière générale, les Irlandais conduisent, plutôt tranquillement et sont assez vigilants, eux aussi, quand ils voient venir une voiture de location !

Galway,

Galway, Dún Bhun na Gaillimhe en gaëlique (le Fort à l’embouchure de la Corrib), est une petite ville charmante bien qu’assez touristique. Une rue de la soif, Quay Street, en est l’artère principale avec ses pubs qui se répondent en bonne humeur et ses fish & chips aux poissons d’une fraicheur irréprochable. Le bas de la ville ressemble à s’y méprendre à une petite ville de Bretagne, elle est d’ailleurs jumelée avec Lorient, avec son port remplis de bateaux de pêche et de vieux gréements. Le haut de la ville en revanche est plus britannique. Des canaux sillonnent cette partie de la ville alimentant des moulins.

Vues du port de Galway
Port de Galway
Les canaux dans la ville haute de Galway
Les canaux

Vers le comté de Clare et les falaises de Moher

De Galway une très belle excursion peut commencer vers le comté de Clare et le Burren au sud. En longeant la côte on découvre à Kinvara, le charmant petit château médiéval de Dunguaire. La visite est rapide et agréable, surtout à marée haute quand le château est presque isolé par la mer.

En continuant la route vers Balyvaughan, on passe devant la maison-tour de Gleninagh dont l’accès nécessite de traverser quelques prairies et cimetière (attention de bien refermer les barrières derrière vous). Puis le phare de Black Head, un peu décevant.

Chateau de Dunguaire
Château de Dunguaire
Maison tour de Gleninagh
Maison tour de Gleninagh

En revanche, un arrêt s’impose à Botharn Ah Aillite pour regarder l’atlantique se fracasser sur les roches noires du plateau karstique du Burren. C’est sauvage !

La mer à Doolin
La mer à Doolin

Enfin le petit village de Doolin, réputé pour ses pubs musicaux, offre, une magnifique vue sur les falaises de Moher au loin. Des bateaux proposent aux plus téméraires une visite des falaises côté mer et un transfert vers les îles d’Aran.

Les falaises justement ! Très organisé, les abords de ce site classé au patrimoine de l’UNESCO disposent de stationnements, de musées, de boutiques discrètement cachés dans les replis du paysage ou creusés dans le sol. Au-delà de la vue grandiose sur la mer et le vert omniprésent de la campagne, la visite ne transportera pas outre mesure un natif du pays de Caux !

Les falaises de Moher
Les falaises de Moher

Le retour vers Galway traverse le plateau lunaire du Buren. Edmund Ludlow, successeur de Cromwell en 1653  décrit la région de la manière suivante : « il n’y a pas assez d’eau pour noyer un homme, pas assez de bois pour le pendre, pas assez de terre pour l’enterrer ». Cela ne l’a pas empêché de massacrer les quelques habitants qui s’y trouvaient et d’annexer la région à la couronne britannique interdisant à tout catholique irlandais de posséder terre, maison, église et d’habiter à moins de 5km de la mer. Cette loi inique n’a été abrogée qu’en 1827 !

Et nous voilà revenu à Galway d’où un nouveau périple nous conduira dans le Connemara et le village de Clifden.

En route pour Clifden, capitale du Connemara

Partant de Galway, prendre la direction de Maam Cross. Les paysages évoluent tout au long du chemin pour devenir de plus en plus remarquables. Le samedi, à Maam Cross, une foire aux bestiaux donne un aperçu authentique de la vie dans la campagne irlandaise. Prendre à droite en direction de Leenane

Vente de bétail à Maam Cross
Vente de bétail à Maam Cross

Habitants
Principaux habitants des landes irlandaises

La route se poursuit vers Leenane au milieu de paysages spectaculaires et des moutons. Là une vue sur l’unique fjord d’Irlande est magnifique.

Le nord du Connemara entre Killary et Clifden

En remontant vers Tullyconor Bridge, à la fin du printemps, les paysages sont illuminés de bouquets violets de rhododendron sauvage. Il ne faut malheureusement pas se fier à la beauté de ces arbustes car il s’agit de plantes non endémiques, plantées au XIXe par un Lord dans sa propriété et qui s’est révélée invasive, prenant le pas sur la végétation locale.

Champs de rhododendrons - Killary fjord
Étendues de rhododendrons – Killary fjord

Le magnifique château néogothique  de Kylemore se reflète majestueusement dans les eaux noires du lac au bord duquel il est construit. Il fut édifié en 1868 par Mitchell Henry, un riche industriel et politicien anglais d’origine irlandaise pour sa femme Margaret. Celle-ci mourut prématurément. Inconsolable, il la fit inhumer dans la petite église néogothique cachée dans la forêt. Les sœurs irlandaises d’Ypres (en Belgique) la délogèrent  de là en 1920 en transformant le château en abbaye bénédictine et l’église en abbatiale.

Château de Kilemore
Château de Kilemore

La route continue vers Letterfrack rendu tristement célèbre pour son école Quaker dont la sévérité a coûté la vie à quelques mauvais élèves avant sa fermeture.

Là, on peut éviter le Connemara National Park, sans grand intérêt pour aller plutôt vers la péninsule de Tully : Prendre la direction de Tully donc et suivre la Connemara loop jusqu’à Renvyle.

La maison-tour de Renvyle est dangereusement en ruine. La façade éventrée laisse apparaitre de beaux éléments d’architecture médiévale. Cette tour du XIIIe a été détruite par Cromwell vers 1653 pour se venger du seigneur du lieu qui avait eu l’outrecuidance de porter secours à quelques rescapés de l’invincible armada en 1588, près d’un siècle auparavant. D’autres histoires courent autour de la destruction du château. Le seigneur O’Flaherty aurait épousé Grace O’Malley, la reine des pirates qui se serait vengée de la mort de son père en tirant au canon sur le domaine de son époux… dans tous les cas la rancune est tenace !

Harbor Derry Herbert
Tully – Harbor Derry Herbert
Péninsule du Tully
Péninsule du Tully

Sur la presqu’ile, une autre randonnée est très vivement recommandée. En sortant de Letterfrack en direction de Renvyle, après le petit pont, tournez à gauche en direction du petit port de Harbor Derry Herbert. De là une grande promenade vous conduit le long d’une corniche à des criques paradisiaques.

Vue sur Braadillaun
Vue sur Braadillaun
Corniche de Tully
Corniche de Tully
Vers Freaghillaun
Face à Freaghillaun

Retour vers Clifden, avec si vous le souhaitez un petit crochet par la Sky Road. Cette route est certes jolie mais si vous avez fait les itinéraires précédents, me semble un peu surmédiatisée. D’un autre côté, c’est l’occasion de voir les ruines romantiques du château de Lord D’Arcy.

Clifden

Clifden, An Clochán en gaélique, est une ville nouvelle en quelque sorte, fondée en 1830 par Lord John D’Arcy qui s’était fait bâtir en 1818 le château médiéval visible de la Sky Road. Deux églises monumentales comme dans toutes les villes d’Irlande (une catholique romaine, l’autre Church of Irland soit anglicane), de nombreux pubs sympathiques où l’on joue de la musique et quelques restaurants tout à fait fréquentables.

Le sud entre Clifden et Carna

Le paysage de la partie sud du Connemara est différent de celui du nord. La côte y est plus découpée, plus caillouteuse encore. Tout au bout de la pointe de Ballyconneely  on découvre un petit port, une fumerie artisanale de saumon et des plages de sable blanc. De là on a une vue extraordinaire sur le château hanté de Bunowen.

Ballyconneely
Ballyconneely
Château de Bunowen
Château de Bunowen

Construit au XIIe siècle dans un style anglo-normand par le clan des O’Flahertys, ce fut l’un des châteaux de Grace O’Malley, la reine des pirates dans les années 1500. Le château est une propriété privée et il n’y a pas de chemin pour s’en approcher, dommage !

On continu le route dans des paysages magnifiques, vers Dog Bay. Une avancée de lande plate, bordée de part et d’autre par des plages de sable blanc sur une mer turquoise tout à fait étonnante.

Dog Bay
Dog Bay

Après la grande Famine, les anglais se sont dit qu’il fallait essayer de faire revivre ces contrées désertées. Sur les huit millions d’Irlandais d’avant la crise, deux étaient morts de faim et deux avaient pris la mer pour d’autres contrées. A la fin du XIXe siècle, ils ont fait venir des Écossais et des ingénieurs qui ensembles ont créé des ports et des infrastructures. Le but était de dynamiser l’économie locale ce qui n’a toutefois pas fait cesser l’émigration puisqu’on ne comptait plus que 2,8 million d’habitant en 1960. C’est cette opération qui est à l’origine de la multitude de petits ports tout le long du littoral.

Le port de Roundstone, réputé pour ses homards, est un de ceux-là. Nous n’avons pourtant pas vu de ces précieux  crustacés mais dégusté une sea showder et du saumon fumé de tout premier ordre.

Rounstone
Rounstone

Toujours en suivant la côte on arrive à Carna. Ce village est celui d’où sont originaires les protagonistes du formidable livre Joseph O’Connor : l’Etoile des mers. Ce roman historique décrit les conditions de vies des Irlandais durant les années de famines entre 1845 et 1852. Lords, propriétaires terriens et paysans y sont décrits avec justesse. La terrible société victorienne britannique y est également dépeinte sans fard. Ce livre considéré comme un classique en Irlande est à lire absolument avant toute visite de la région.

Carna
Carna
Cimetière de Carna
Cimetière de Carna

Une multitude d’iles sont liées les unes aux autres par des ponts et des chemins conduisant le promeneur de hameau en plage et de plage en cimetière romantique au bord de la mer. Un GPS pourra être utile pour revenir sur vos pas et sortir de ce labyrinthe.

Iles de mweenich
Carna – Iles de mweenich

Le retour vers Clifden se fera par la petite route qui traverse une zone de lacs et de montagnes qu’il faut en trouver en continuant tout droit au moment où la D341 tourne sur la gauche quelques kilomètres avant Rounstone.

Voilà, notre périple se termine là. Nous avons passé 3 nuits à Galway et 3 autres à Clifden. Le Connemara comme toute l’Irlande d’ailleurs à la réputation d’être une région pluvieuse… il a fait un temps superbe !

Retour à Dublin pour se réacclimater avec la « grande ville ». Nous y avons rencontré Pangur Ban, un chat du moyen age…

Les photos de cet articles sont visibles dans les galeries : Connemara en couleur
Connemara en noir est blanc

Pour préparer votre voyage je vous recommande les sites suivants : Loveconnemara.com
Guide-irlande.com
TerresCeltes.net

5 Replies to “Là bas au Connemara…”

  1. Fabuleux voyage dans le Connemara tout près de chez nous.
    La saison pour y aller est idéale. Les rhododendrons en fleurs (même si la plante est considérée comme invasive) donnent une touche tellement belle au paysage.
    Là où les ruines sont partie intégrante du paysage, là où la lande se reflète dans les eaux sombres des lacs, là où les châteaux transformés en abbayes racontent des histoires incroyables et romantiques, le Connemara vous attend!
    Gardez en mémoire la terrible famine « big hunger » de 1842-1847! et pour cela lisez « the Star of the Seas » de O’Connor! ça vous mettra dans l’ambiance du Connemara…

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